Contexte socio-économique
Le hip-hop apparaît dans les années 70 aux États Unis, dans le ghetto du Bronx, un borough de New York. En ce temps-là, les rues de la ville de New York étaient en proie aux problèmes de délinquances et de violences. Le taux de criminalité était extrêmement haut surtout à Harlem et South Bronx.
La crise des années 60 et 70 engendra des friches industrielles et entraîna un fort taux de chômage surtout dans le Bronx et le Queens. La ville de New York s’endette et subit une grave crise économique et sociale.
A la fin des années 60, de nombreux mouvements sociaux sont actifs aux États Unis comme les manifestations pacifistes contre la guerre aux Viêt Nam ou le mouvement afro-américain des droits civiques (Civil Rights Movment) contre la ségrégation raciale aux États Unis (Black panthers party). Ce dernier désigne l’ensemble des luttes et manifestations menées par les citoyens afro-américains et les blancs américains abolitionnistes. Il a été actif de 1865 à 1968 et a permis la promulgation de différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act du 11 avril 1968 mettant fin à la ségrégation raciale sur l’ensemble du territoire des États-Unis. Ce dernier Act intervient seulement quelques jours après l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968.
En 1973, aux États Unis, le scandale de Watergate éclatait sous la présidence de Nixon et que la guerre d’Indochine prenait fin. À New York, on inaugure le World Trade Center le 4 avril à Lower Manhattan… Et dans le Bronx, on s’apprête à vivre la première soirée hip-hop qui marquera le point de départ d’un mouvement culturel et artistique qui deviendra mondial…
C’est dans ce contexte que le 11 août 1973, Cindy Campbell s’apprête à organiser une soirée avec un droit d’entrée de quelques centimes pour lui permettre d’acheter des vêtements. Ce faible droit d’entrée a permis aux plus grands nombres de participer à la fête car beaucoup de jeunes du Bronx ne pouvaient pas aller en boîte de nuit car trop cher… Elle demande à son frère Clive Campbell alias DJ Kool Herc d’officier pendant sa soirée.

Cet événement est reconnu comme la première soirée hip-hop et le lieu, 1520 Sedgwick Av dans le Bronx où vivait la famille Campbell, est le « birthplace of hip-hop ». La rue et l’immeuble sont toujours présents à New York, dans le Bronx. La rue porte d’ailleurs un deuxième nom : Hip Hop Blvd .

Des tours que l’on pourrait qualifier de « pèlerinage » sont organisés dans les différents borough de New York par Hush hip-hop tour (https://hushtours.com) pour ceux qui ont la chance de visiter cette ville et qui son curieux de découvrir la culture hip-hop.
Les 3 pères fondateurs du hip-hop
Le mouvement culturel hip-hop s’est construit sous l’égide du rassemblement mené notamment par l’un des fondateurs de la culture : DJ Kool Herc. Ce mouvement s’est voulu porteur de message de paix et de tolérance. Alors que ces membres sont des jeunes en perte de repères (drogues, violence des gangs…), le mouvement érige des valeurs universelles dont 5 principales : Respect, Unity, Peace, Knowledge, Having fun et dont le principal diffuseur est un autre fondateur : Afrika Bambaataa (lui-même ancien chef de gang). Quant à DJ Grandmaster Fash, le troisième fondateur, il a permis la diffusion des premiers rap « lyrics ».
DJ Kool Herc
De parents jamaïcains, Clive Campbell alias Kool Herc a baigné dans la musique et la culture de ce pays. DJ Kool Herc a étudié à la Alfred E. Smith Career and Technical Education High School du Bronx. Durant ses années d’études, il s’illustre sur les terrains de basketball par sa carrure et sa taille qui lui valurent le surnom d’« Hercules ». Cependant, ce n’est pas en basketball que Kool Herc est aujourd’hui connu mais pour sa participation aux fondements de la culture hip-hop.
Alors que les gangs se désagrégeaient petit à petit au fil des années, DJ Kool Herc popularisait une nouvelle hiérarchie du cool dans laquelle « si tu viens faire le con on va te botter les fesses », se rappelle Jazzy Jay dans Can’t Stop Won’t Stop. « Une bande qui commençait à chercher je ne disais jamais son nom. Ils disaient « oh merde, Herc m’a donné un petit avertissement » », ajoute DJ Kool Herc.
Afrika Bambaataa
Afrika Bambaataa (“chef affectueux”) est le plus énigmatique du trio. Il est né à New York, à Manhattan, de parents originaires de la Jamaïque et de l’île de la Barbade. Dès son plus jeune âge, il imprégne des idées de Martin Luther King et de Malcolm X. Reconnu pour son leadership, il intègre rapidement les rangs des gangs. Il devient le chef de gang des Black Panthers. Il va perdre plusieurs proches durant la guerre des gangs et les affrontements avec la police. La mort de son cousin Soulski le bouleverse profondément. Il serait parti en Afrique afin d’effectuer un pèlerinage et faire son deuil. A son retour à New York, cet artiste et grand connaisseur de la musique contemporaine revient avec une volonté de paix. Il décide de fonder un mouvement à destination de la jeunesse laissée pour compte (la Zulu Nation). Ce mouvement, dont il est à l’origine, a pour objectif de façonner un nouveau rapport à la violence qui est censée être canalisée par la création. Il propose des codes moraux basés sur la maîtrise d’un art. L’idée est de se surpasser, de transformer la colère et la violence en un défi artistique. A ce titre, il est l’initiateur de l’essence des battles du hip-hop dans lesquelles le but est de transformer l’énergie négative en énergie positive au travers des arts de la rue (rap, B-boying, DJing, graffiti, MCing).
DJ Grandmaster Flash
Grandmaster Flash a étudié à la Samuel Gompers High School, un lycée public où il se consacre à la réparation de matériels électroniques. Il est aujourd’hui considéré comme un pionnier du hip-hop en tant que rappeur et DJ.
Grandmaster Flash, le rappeur, est un New Yorkais qui a introduit dans ses raps un contenu sérieux et politisé, en 1981. Il est reconnu comme celui qui, pour la première fois, utilisa les techniques du rap pour divulguer un « lyrics » (texte), détenteur de sens, traduisant une réalité sociale. Le titre The Message devient rapidement un tube. Bien qu’il ait commencé à être distribué dans les rues de New York en 1979, le single est officiellement sorti en 1982.
Grandmaster Flash, le DJ, est reconnu comme un des pères du scratch et du remix. Sa rapidité et sa dextérité sont à l’origine de son surnom « Flash » (référence au super-héros). Son habileté à changer de disques avec les pieds, les mains derrière le dos, lui vaut le titre de « Grandmaster » (« grand maître »).